Samedi 10 mars 2007
Marajo : « Le bouclier de l'océan » en langue indienne. Selon la légende, l'île de Marajo, vaste comme la Suisse, est placée à l'embouchure de l'Amazone pour protéger le fleuve des coups de la mer. Bordée par l'Amazone au nord, par le rio Para au sud et par l'océan à l'est, cette île plate de Marajo ou plus exactement cet archipel de terres humides est recouvert de forêts, de savanes, de mangroves et de plages. Cet écosystème quasiment vierge est terre d'élevage, on y compte 1 million de têtes de bétails, essentiellement des buffles.
Avec l'escale de Soure sur l'île de Marajo, nous entrons réellement en Amazonie qui reste la dernière partie sauvage de notre planète. Ce continent vert s'étend sur 9 pays et couvre près de 6 millions de kilomètres carrés, soit  près de 11 fois la superficie de la France. Rien qu'au Brésil, l'Amazonie couvre 60 % de la superficie du pays concentrant 4 % de sa population. 70 % des terres d'Amazonie sont couvertes par la forêt qui renouvelle à elle seule près de la moitié de l'oxygène de la planète...
Le fleuve Amazone, qui donne son nom à la région, avec ses 6300 km est le plus long fleuve du monde. Il prend sa source au Pérou et charrie 20 % des eaux douces du globe (sans compter l'antarctique) et est grossi par des milliers de fleuves et rivières. A la saison des crues, sa largeur par endroit peut atteindre 20 km. A Manaus l'étiage du fleuve peut atteindre 15 à 20 mètres.
Bref... quand on débarque à Soure on a réellement le sentiment très fort d'entrer dans un nouveau domaine, dans un monde nouveau, nous touchons maintenant le but de ce périple et la raison d'être de ce Rallye TransAmazone.
L'île de Marajo est elle même divisée en deux parties, l'une couverte de forêt tropicale : la forêt vierge mais qui n'est pas exploitée pour son bois car l'omniprésence de cours d'eau rend l'exploitation forestière difficile. Des terres et prairies humides couvrent l'autre partie de l'île. Soure, sur le bord du rio Paracauari (qui se jette dans le rio Para) est à la frontière des ces deux parties de Marajo.

Cette Camargue sauvage et équatoriale est occupée par des fazendas qui exploitent l'île en pratiquant principalement l'élevage de buffles et de chevaux. A la saison des pluies, de décembre à juin, les prairies sont recouvertes d'eau. Les fazendas peuvent couvrir plusieurs dizaines de milliers d'hectares et compter plusieurs milliers de têtes de bétails.
Nous visitons deux fazendas où nous sont présentés les buffles et la faune de l'île riche de très nombreux oiseaux, en particulier on découvre de nombreux ibis rouges et des aigrettes. A la fazenda Araruna, une troupe de jeunes danseurs nous fait découvrir la culture de l'île de Marajo, un mélange de culture indienne marajõaras et de traditions coloniales. La population fortement métissée possède des traits très fins.
Les visites dans les fazendas, sont l'occasion pour les uns et les autres de monter à cheval ou de chevaucher à dos de buffles.... la croisière s'amuse ! A Soure il y a même une unité de police montée à dos de buffles.
Soure, petite ville de 6 à 10 000 habitants, est assoupie sur le bord du rio Paracauari la principale artère, bien plus que les ruas et avenidas tirés aux cordeaux et à angles droits, numérotés comme à New York.... mais la comparaison s'arrête là !
Au mouillage sur le rio, à proximité de la trapiche (débarcadère municipal), nous sommes aux premières loges pour observer la vie du fleuve, les allées et venues des innombrables embarcations (très bruyantes car dotées de moteurs diesel à échappement libre !) de tous types et de toutes tailles. La route goudronnée s'arrête à Soure, le bac antique (une barge et son pousseur poussif) fait traverser les automobiles et poids lourds au milieu du courant du rio (3 à 4 noeuds de jus).
A Soure, la vie est calme, le temps s'écoule doucement et nous entrons doucement en Amazonie. Au marché Dominique découvre quelques-unes des 400 variétés de fruits. Le climat est différent : chaud mais pas trop chaud et surtout très humide. Il pleut fréquemment, de bonnes avalasses qui remplissent réservoirs et bidons par le biais d'une bâche en guise de récupérateur d'eau de pluie (sur l'Amazone, nos désalinisateurs sont inopérants). Il y a des moustiques, mais les moustiquaires et nos habitudes vestimentaires adaptées dès la tombée de la nuit, permettent de cohabiter avec ces petites  bêtes et de plus nous prenons quotidiennement un traitement antipaludéen.
La petite semaine d'acclimatation à l'Amazonie se termine, et demain jeudi 8 mars nous partons pour rejoindre Belem, 45 milles plus en amont sur le rio Para. Nous devrions atteindre ce port mythique avec l'aide du courant de marée huit heures plus tard. Commence ici la navigation en convoi pour les 19 bateaux du rallye.

Des photos de notre escale à Soure sur l'île de Marajo sont sur l'album de l'étape 07 Amazone.

Merci à Chantal de Sea Lance pour les beaux portraits de danseurs et danseuses.

Nouveauté sur le blog de Ramatoa : en cliquant sur dernière position vous pouvez nous situer sur Google Earth si et seulement si cette application gratuite est installée sur votre ordinateur. Si vous souhaitez la télécharger et l'installer rendez vous sur le site français de Google Earth.

N'oubliez pas non plus de jeter un oeil sur le nouvel album mis en ligne dernièrement : « Ramatoa sous voiles ».

Benoît & Dominique sur Ramatoa, rédigé à Soure et posté à Belem le 10 mars 2007
par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
Samedi 10 mars 2007
Le samedi 24 février à 14 heures nos quittons sans beaucoup de regrets le mouillage de Fortaleza en face du Marina Park Hotel. L'étape nous conduit vers Soure à l'entrée du bassin de l'Amazone. 700 milles nautiques à parcourir en remontant vers l'équateur et en retraversant la zone de convergence intertropicale (ZIC) avec son cortège annoncé de vents faibles entrecoupés de grains.
La réalité est tout autre car dès que nous nous éloignons de la côte de Fortaleza nous touchons un bel alizé de sud-est et à la limite du plateau continental nous bénéficions en prime d'un courant favorable de 1,5 à 2,5 noeuds ! Au travers dans de telles conditions tous les bateaux marchent bien et Ramatoa se régale en de longues glissades sur l'océan Atlantique.
La première journée nous parcourons 151 milles, le deuxième jour 177 nautiques (record du bateau), le troisième 160.... à ce rythme et sans l'aide du moteur nous arriverons plus vite que prévu à Soure ! Le lundi 26 février en fin d'après-midi nous subissons un très violent grain de pluie, le vent monte à 30 noeuds et rafales à 35... Ramatoa franchit le mur des dix noeuds ! La veille nous avons rencontré Acalephe et avec Vincent nous avons fait une superbe séance de photos de nos bateaux sous spi au coucher du soleil.
La suite du parcours est plus chaotique car les grains se multiplient en fin de journée quand les cummulo-nimbus bourgeonnent à l'horizon. Derrière les grains le vent tombe et la pétole s'installe... le moteur reprend du service pendant de longues heures. A notre plus grand plaisir, les dauphins viennent régulièrement jouer devant l'étrave de Ramatoa. Nous sommes toujours d'aussi médiocre pécheurs, ce qui n'est pas le cas de Vincent qui a pris un bel espadon voilier de 30-35 kg !
Nous naviguons sur des sondes de 15 à 25 mètres, les pécheurs, non éclairés la nuit sont nombreux, la veille de jour et de nuit est pénible. Les filets sont nombreux et très mal balisés, nous prenons l'hélice de notre hydrogénérateur dans un filet et cassons une des pales, heureusement il y en a une en stock !
A l'approche de l'amazone, le beau bleu profond de l'Atlantique vire insidieusement au vert  puis carrément au marron dès que nous embouquons le rio Para, accompagné de trois autres voiliers du rallye (Glen Feeling, Berlingot et Opsis). La nuit tombe, le ciel est barré de noir par des grains orageux gigantesques, il nous reste encore 50 milles à parcourir entre les bancs de sable sur le rio Para pour atteindre notre destination : Soure sur l'île de Marajo. Le courant de marée nous aide dans notre remontée mais il s'inverse et nous gagnons péniblement les derniers milles au moteur.
Vers une à deux heures du matin dans la nuit du 1° mars, nous quittons le rio Para pour entrer dans le rio Paracauari et rejoindre le petit mouillage devant la ville de Soure. Il est près de trois heures du matin quand l'ancre crochée au fond du fleuve nous tombons dans les bras de Morphée.
Au réveil, le soleil est revenu et nous découvrons un paysage magnifique, calme. Nous sommes dans l'Amazonie car Soure est bien la porte de l'Amazonie, même si Belem, 45 milles plus en amont en est le grand port océanique. Ici l'eau du rio est douce, mais jaune et limoneuse, les courants sont forts au mouillage et atteignent 4 noeuds, de plus il y a de nombreux tourbillons qui rendent très aléatoire et imprévisible l'évitage des voiliers au mouillage.
Nous achevons là notre lente remontée du Brésil pour atteindre le bassin de l'Amazone sur lequel nous allons maintenant naviguer pendant plus de deux mois. Nous avons le sentiment de rentrer dans un univers nouveau et passionnant !
Cette dernière traversée (640 milles en 4 jours ½) a été superbe dans sa première partie avec du bon vent, du beau temps et de la belle mer.... les records de vitesse et de distance parcourue en 24 heures en attestent !

Nouveauté sur le blog de Ramatoa : en cliquant sur dernière position vous pouvez nous situer sur Google Earth si et seulement si cette application gratuite est installée sur votre ordinateur. Si vous souhaitez la télécharger et l'installer rendez vous sur le site français de Google Earth.

Des photos de Ramatoa sous voiles et de notre arrivée à Soure sont sur sur l'album de l'étape 07 Amazone. Merci à Vincent d'Acalephe pour les très belles photos du bateau sous spi ! Merci à Joseph d'Opsis pour Ramatoa en bonne compagnie à l'entrée du rio Para !

Un nouvel album regroupant toutes les photos de Ramatoa sous voiles est en ligne il suffit de cliquer sur Ramatoa sous voiles.

Benoît & Dominique sur Ramatoa, rédigé à Soure et posté à Belem le 10 mars 2007
par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
Vendredi 23 février 2007
Le mercredi 14 février, nous avons quitté en fin d'après-midi le mouillage rouleur et inconfortable de Fernando de Noronha pour rejoindre Fortaleza, 370 milles plus loin sur la côte nord du Brésil. La navigation s'annonçait belle, un alizé du sud-est portant et un courant favorable nous promettaient de belles moyennes journalières.
Dès le départ les conditions sont agréables et bien plus confortables qu'au mouillage. A la nuit tombée, vers 20 heures un violent grain surprend la flottille déjà en mer et bouscule sérieusement les plus grands d'entre nous restés au mouillage pour la nuit. En cinq minutes le vent s'installe à 30-35 noeuds avec des rafales à 40 noeuds, les bateaux sont surpris toutes voiles dehors, génois tangonné et le spinnaker pour certain. Sur Ramatoa, le pilote automatique a parfaitement contrôlé la situation en conservant son cap sans difficulté, empannage en douceur, le génois est roulé et le tangon abaissé. Le bateau sous grand voile haute seule file à 9 – 10 noeuds, les rafales sont violentes et nous prenons le premier ris dans la grand voile. Ramatoa avance à 8 noeuds et nous nous abritons à l'intérieur pendant le déluge d'eau qui s'abat sur nous. Deux heures plus tard, le grain passé, le vent tombe complètement et la pluie nous accompagne tout le reste de la nuit que nous poursuivons en partie au moteur.
Ce bref mais violent coup de vent a laissé des traces. Sur les bateaux en mer on déplore un tangon brisé net et l'arrachement d'un circuit d'écoute de grand voile. Les bateaux au mouillage ont affronté des creux de 1,5 à 2 mètres, les verges d'ancre sont tordues et un davier est arraché de la poutre avant d'un catamaran. Sur Ramatoa nous n'avons aucune avarie à déplorer et à aucun moment nous nous sommes sentis en difficulté.
Pendant toute la traversée nous subirons de nombreux grains de pluie avec des vents bien moins violent, mais dans la flottille la résistance s'organise et la surveillance des grains se fait au radar par les bateaux les plus en arrière de la flotte. Entre les grains le vent est assez faible voire inexistant.
Le mouillage à Fortaleza n'est pas très joli mais assez confortable devant le Marina Park Hotel dont nous bénéficions de tous les services et de sa belle piscine.
Fortaleza, capitale du Cearã, petit état défavorisé  avec un taux d'analphabétisation de 26% chez les moins de 25 ans et un taux de mortalité infantile très élevé, est une ville moderne tracée à l'américaine au carré. Importante ville du Nordeste elle ne conserve aucun vestige de son passé. Fortaleza sous le flux constant d'un exode rural concentre et rassemble une population miséreuse dans la plus grande favela du Brésil estimée à plus de 700 000 habitants sous le seuil de pauvreté.
A coté de cette misère à ciel ouvert  surgissent de superbes buildings qui bordent les plages splendides d'Iracema, de Futuro ou de Mucuripe, hauts lieux touristiques avec de très nombreux hôtels de luxe et de restaurants.
Notre escale à Fortaleza coïncide avec la fin du carnaval dans cette ville... ce n'est pas un hasard. Le carnaval au Brésil est une véritable institution où la vie économique s'arrête pendant la durée des festivités. Le Maracatu est le carnaval folklorique et culturel de Fortaleza, cette année le thème est celui des indiens et de l'esclavage. Mardi gras en soirée nous assistons au défilé des écoles de samba de la ville et des quartiers. L'ambiance est festive, chaleureuse, la musique omniprésente et tonitruante ! Contrairement aux clichés véhiculés par les télévisions sur le carnaval de Rio, celui de Fortaleza est plus modeste, moins commercial, moins riche, moins de paillettes et plus populaire... mais la ferveur et la liesse  sont tout à fait présentes, la bière et le rhum coulent à flot toute la nuit de clôture du Carnaval. Derrière les défilés très officiels et organisés des écoles de Samba, il y a de nombreux défilés spontanés et populaires.
Pour le reste Fortaleza est une escale technique pour les bateaux et les équipages avant l'arrivée prochaine sur l'amazone. Avitaillement, recomplètement des pleins, réparations diverses occupent pleinement nos journées, d'autant plus que Fortaleza est ville morte pour cause de carnaval !
Nous quittons Fortaleza le samedi 24 février après-midi pour rejoindre Soure sur le rio Parã dans l'île de Marajõ. Nous avons 700 milles à parcourir en une petite semaine.

News de dernière minute : dans le numéro de Voiles Magazine du mois de mars 2007, est paru l'article d'Albert Brel sur les 7 Ovni du Rallye des Îles du Soleil. On y parle et on y voit Ramatoa... ! Vous pouvez le consulter ici.

Nouveauté sur le blog de Ramatoa : en cliquant sur dernière position vous pouvez nous situer sur Google Earth si et seulement si cette application gratuite est installée sur votre ordinateur. Si vous souhaitez la télécharger et l'installer rendez vous sur le site français de Google Earth.

Des photos du carnaval et de notre escale à Fortaleza sont sur sur l'album de l'étape 06 Nordeste. Merci à Joseph d'Opsis pour une bonne partie des très belles photos du carnaval !

Benoît & Dominique sur Ramatoa, rédigé et posté à Fortaleza le 23 février 2007.
par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
 

La réalité...

Un voilier baptisé "Ramatoa"

Un skipper : Benoît et une skippette : Dominique !
Un voyage au long cours en Atlantique, par le Sénégal, le Brésil, l'Amazone, les Antilles et dans le Pacifique vers la Polynésie française.

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Cartes du périple

  • 2006-2007  : De La Rochelle à Trinidad en passant par l'amazone.
  • 2007-2008  : Découverte de l'arc antillais jusqu'aux îles vierges britanniques.

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