Samedi 7 mai 2011
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La traversée de Bora Bora à l'atoll de Suwarow, longue de 692 milles nautiques s'est déroulée sans encombre majeur mais ne restera
pas dans les annales des traversées les plus confortables. Parti le lundi 18 avril nous bénéficions d'un vent de nord-est de 17-21 nœuds tout à fait favorable, la houle de sud-ouest reste forte
de l'ordre de trois mètres et s'oppose à la mer du vent ce qui lève une mer croisée très inconfortable, Ramatoa transformé en shaker trace cependant un joli sillage de 131 milles. Le temps beau
est agrémenté de grains.
Notre route, ouest nord-ouest, nous fait passer à une douzaine de milles au nord de l'île haute de Maupiti et de son lagon puis le
lendemain nous passons à faible distance du Motu One le dernier confetti le plus occidental de la Polynésie française. Pour ce dernier pas de regret il n'y a pas de passe d'accès au lagon,
par contre nous regrettons de n'avoir pu rejoindre Maupiti dont la barre devant la passe unique orientée au sud est absolument impraticable avec des houles supérieures à deux mètres.
Le troisième jour, nous rencontrons une petite zone perturbée avec un temps couvert et des lignes de grains à 25-30 nœuds, le vent
toujours de nord-est nous abandonne souvent après le passage de ces grains. Pendant la nuit, un pétrel vient faire escale dans les barres de flèches puis sur les panneaux solaires de Ramatoa en y
laissant moult traces !
La fin de parcours est moins brillante car conformément aux prévisions de « Mister Grib », le vent tombe à 7-8 nœuds ce
qui est un peu faiblard pour les 12 tonnes de Ramatoa au portant. Essai d'envoi su spi asymétrique mais la poulie de tête du va et vient de la chaussette du spi éclate. Bricolage et remplacement
de la poulie. Le lendemain le spi flotte pour quelques heures avant qu'un grain bref mais violent nous contraigne à le rentrer. Pour ne pas arriver de nuit à Suwarow et passer une nuit
supplémentaire à attendre le lever du jour devant la passe, nous finissons la route au moteur dans une pétole généralisée. Les oiseaux : fous brun, pétrels et frégates, de plus en plus nombreux
annoncent l'approche de ce bout de terre au milieu de nulle part.
Naturellement, vers 15 heures devant la passe, le temps est gris et les rideaux de pluie défilent sur l'atoll. La passe large de
0,2 mille, sans être très difficile est cependant délicate car en zig-zag et au débouché dans le lagon trois récifs affleurants délimitent deux passages étroits. Pas de balisage, mais un
alignement au 175° d'un motu à cinq milles par un des récifs affleurants.... c'est à dire absolument impraticable car soit la passe est agitée et c'est blanc partout, soit elle est calme et le
déferlement sur le récif est trop faible. De plus par temps gris les nuances de bleu sont inexistantes. Il faut faire confiance à la carto, qui est heureusement parfaitement exacte ici, puis à
l'approche le récif à contourner se distingue assez bien même par temps gris. Le courant sortant de l'ordre de trois nœuds crée quelques marmites mais cela reste aisément négociable. A 16 heures
nous mouillons un peu à l'aveuglette par 18 mètres de fond derrière Anchorage Island et apprécions le calme du lagon même si le soleil reste souvent voilé. Le coucher de l'astre solaire sera
superbe dans un ciel tourmenté, ici le décalage horaire est déjà de 25 minutes par rapport à Bora Bora. Nous fêtons Pâques à Suwarow... c'est pas commun !
Suwarow est un atoll inhabité classé réserve naturelle. Il appartient aux îles Cook, ex état du Commonwealth devenu indépendant en
1965, ayant choisi la libre association avec la Nouvelle Zélande son puissant voisin régional du Pacifique sud. Les îles Cook se divisent en deux groupes géographiques sud et nord. Le drapeau
comporte 15 étoiles blanches en cercle sur fond bleu symbolisant les 15 îles, plus ou moins grandes, éparpillées sur l'océan en latitude du 8°S au 23°S et en longitude du 156°W au 167°W. La
capitale est Avatiu sur Rarotonga. Le groupe nord est composé d'îles basses et d'atolls contrairement aux îles volcaniques hautes et montagneuses du groupe sud. Nombre d'entre-elles ont été
découvertes par le capitaine Cook... mais ce n'est pas le cas de notre atoll de Suwarow visité pour la première fois en 1814 par Lazarev, un explorateur Russe, qui donna à sa découverte le nom de
son navire : le « Suvarov », puis changé en Suwarow plus conforme aux intonations de la langue Maori des îles Cook.
Pendant la traversée, nous avions lu toute la documentation du bord sur notre destination. Nous savions que les rangers, gardiens
du parc naturel, n'étaient présents que pendant la saison de migration des voileux. Partis tôt en saison, nous espérions ne pas les voir à notre arrivée et trouver un mouillage vide de voilier et
un atoll libre de toute occupation humaine. Bref nous nourrissions un peu un rêve de Robinson Crusoé : débarquer sur une île déserte. En réalité à notre arrivée nous découvrons un peu déçus, à
quelques encâblures du mouillage que deux voiliers sont déjà à l'ancre. Par contre à notre débarquement nous apprendrons que les rangers ne s'installent sur l'atoll que du 1° juin au 1°
novembre.
Le premier voilier « Vita » est Autrichien et déjà croisé par le passé, il quitte le mouillage dès le dimanche de
Pâques. Le second « Agent secret man », quel drôle de nom, vient de Seattle skippé par un solitaire : Eric, avec qui nous faisons rapidement connaissance. Trois jours après notre
arrivée, nous sommes rejoint au petit jour par « TagoMago » un voilier français de Toulon, mais dont le breton du bord a vite repéré le pavillon noir et blanc aux hermines dans
nos barres de flèches.
La notoriété de Suwarow vient d'un aventurier natif de Nouvelle Zélande qui choisit cet atoll comme lieu d'ermitage. Tom Neal
vécut ici en ermite de 1952 à 1978 où il décède d'un cancer. Pendant ces longues années il vit en symbiose avec les oiseaux, la cocoteraie et surtout l'océan dont il tire sa nourriture mais subit
également les assauts et les cyclones. Inlassablement il construit et reconstruit avec obstination son habitat sommaire et la petite jetée sur le lagon. Il écrivit un livre relatant sa vie
d'ermite « An island to Oneself ». Les équipages, des voiliers qui firent escale pendant cette période, ont tous été séduits par cet homme hors du commun les accueillant avec plaisir.
Parmi eux, Bernard Moitessier se rendit à plusieurs reprises à Suwarow, il relate ses rencontres avec Tom Neal dans son dernier ouvrage « Tamata ou l'alliance ».
Sur Anchorage island, les installations des rangers sont minimales et rustiques, elles côtoient la stèle à la mémoire de Tom Neal.
Le bâtiment principal est construit sur pilotis de façon à procurer un abri au 1° étage, en cas d'inondation, de cyclone ou de tsunami. Le rez de chaussée de cette construction récente abrite le
« Suwarow Yacht Club » décoré des drapeaux laissés par les voiliers de passage, c'est une vision étonnante si loin de tout, au beau milieu du Pacifique.
Nous multiplions les promenades pédestres à terre, en annexe sur le lagon et sur les motu voisins pour observer les nombreux
oiseaux de la réserve. Nous nous baignons dans une eau particulièrement chaude à 29°, sur la petite plage proche de la jetée en ruine car autour du voilier une bonne douzaine de requins pointes
noires sont en maraude permanente, depuis que notre ancre a touché le fond du lagon. Nous ne sommes pas téméraires même si ces requins là (dixit la littérature) ne sont pas agressifs, très
curieux et encore plus froussards que nous... mais la profusion impressionne.
Ne manquez pas de jeter un œil aux photos du nouvel album consacré à
Suwarow.
Benoît & Dominique sur Ramatoa à Suwarow le 28 avril 2011. Mis en ligne le 06 mai 2011 à Apia aux Samoa
oocidentales.
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