Lundi 21 mai 2007
Pas d'article en ligne depuis le 27 avril à Afua et en plus les liens du dernier article ne fonctionnent pas car la liaison Internet n'était pas suffisamment rapide pour mettre à jour le blog de façon correcte et pourtant j'y ai passé plus de deux heures ! Tout doit être rentré en ordre.
L'escale d'Afua s 'est passée rapidement, avec des avitaillements en nourriture et gasoil. Pas mal de petits bricolos divers pour remettre Ramatoa en état d'affronter l'océan que nous allons retrouver prochainement. La petite ville commerçante d'Afua est assez prospère avec de belles maisons. Elle est bâtie sur pilotis et tout le monde y circule à vélo. Le mouillage dans le petit furo n'est pas très confortable car il est parcouru régulièrement par de nombreux îlots de jacinthes qui se prennent dans les chaînes d'ancre et font déraper les bateaux; les pompiers de l'Alvaro Furtado viennent nous donner un coup de main.
C'est la fin du Rallye avec des  festivités offertes par la ville mais aussi un repas en commun avec tout l'équipage de l'Alvaro Furtado qui nous accompagne depuis deux mois. La fin est proche, il y a de l'émotion dans l'air.
Le mercredi 2 mai toute la flottille suit la trace de l'Alvaro Furtado pour sortir d'Afua et rejoindre Chaves dans un dédale de bancs de sable. A ce niveau, il fait demi tour et rentre sur Afua... beaucoup d'émotion à la VHF quand les voiliers défilent les uns après les autres le long du bateau pilote où tout l'équipage s'est rassemblé sur le pont supérieur auprès de Philippe, Nicolas et Emilio.... cette fois-ci... le Rallye est bien terminé.... six mois d'aventures en commun laissent des traces indélébiles dans les mémoires.
Le même soir, dernier mouillage sur le canal sud de sortie de l'Amazone. Le jeudi 3 mai, les voiliers repartent en plusieurs petits groupes pour sortir définitivement du fleuve et gagner la haute mer. Les uns vont en Guyane Française (à Kourou ou Cayenne), les autres rejoignent directement Trinidad et Tobago. Gérard de Glen Feeling embarque avec nous sur Ramatoa pour cette courte étape vers Kourou.

Le 3 mai à 12h00, Ramatoa est à nouveau sous voiles... quel plaisir de couper le moteur et de l'entendre glisser sur l'eau très boueuse de l'estuaire de l'Amazone. La traversée vers Kourou sera très rapide car nous bénéficions d'un courant favorable puissant (2,5 à 3 noeuds en moyenne), de plus le vent est au rendez-vous, il nous gratifie même de deux grains violents à 35 noeuds. Le vendredi 4 mai nous pulvérisons notre record en 24 heures avec 198 milles au compteur et une moyenne de 8,25 noeuds. Le samedi 5 mai à 18h15 nous mouillons dans la rivière de Kourou, nous avons parcouru 479 milles en 61 heures ce qui représente sur la traversée une moyenne de 7,85 noeuds... un grand merci au courant sud équatorial  !
Kourou, en Guyane Française... bonjour le retour en France ! Une escale de 8 à 10 jours est prévue afin de visiter la Guyane que nous ne connaissons pas et pour effectuer ma déclaration de revenus par Internet. Les choses se présentent mal car le câble sous marin reliant la Guyane à Internet vient d'être sectionné et le département est privé d'ADSL... donc dur dur pour mettre à jour le blog et déclarer mes revenus 2006 !
Nous sommes quatre voiliers du rallye à avoir choisi Kourou et non pas Cayenne comme escale et nous nous en félicitons car au ponton ou au mouillage nous sommes à proximité des commerces et des restaurants. Ramatoa est au ponton, il est briqué comme un sou neuf à l'intérieur et à l'extérieur... ce n'est pas du luxe... il en avait vraiment besoin !
Pendant cette escale, nous visitons les îles du Salut et le fameux bagne de Dreyfus et Seznec... (Papillon, lui était à Cayenne et non pas aux îles du salut !); dans un autre style nous allons aussi visiter le centre spatial Guyanais. Nous avons manqué le spectacle du dernier lancement d'Ariane à deux jours près ! Nous louons une voiture pour quelques jours et effectuons de belles balades à Cayenne et dans les environs. Dernières invitations à dîner ou pour l'apéritif sur les bateaux en escale à Kourou et les premiers commencent à repartir. Les vacations BLU quotidiennes permettent de rester en contact avec eux.
Nous voulions repartir le mercredi 16 mai vers Tobago.... mais c'était sans compter sur une piqûre d'araignée, probablement, qui s'est infectée en un vilain abcès dans  mon dos... passage obligé par les urgences de l'hôpital de Kourou : incision et traitement antibiotique.... le départ est donc différé de trois ou quatre jours. Le climat est chaud et très humide ... un déluge deux jours sur trois ! Ce contretemps laissera peut-être le temps aux américains de réparer le câble coupé... et je pourrai alors relever ma messagerie, mettre à jour le blog et faire plaisir au trésor public !

Vous trouverez les dernières photos d'Afua et de l'Amazone sur l'album de
l'étape 07 Amazone.
Les photos de notre séjour en Guyane Française sont sur l'album de  l'étape 08 Guyane FR.
Nouveauté... vous trouverez en ligne sous les liens RIDS CD partie 01, partie 02, partie 03, partie 04 et partie 05, une compilation de 245 photos proposée par tous les voiliers du rallye, pour chaque bateau : une photo de l'équipage et dix photos préférées.

Benoît & Dominique sur Ramatoa, rédigé et posté à Kourou le 16 mai 2007.


par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
Dimanche 29 avril 2007

Nous ne voulons pas rester sur le dernier article un peu noir du futur de l'Amazonie... car si l'avenir pose des questions auxquelles il faudra trouver des solutions... le quotidien y est encore merveilleux... et nous voulons profiter pleinement des quelques jours de la redescente du fleuve Amazone et de la dernière escale d'Afua sur l'île de Marajo.

Après une semaine passée au mouillage dans le lagon d'Alter do Chao, point ultime de notre progression sur l'Amazone, nous avons fait demi-tour et sommes allés mouiller devant le « Iate Clube » de Santarem. C'est une ville moins prestigieuse que Belem, pas de buildings, pas de théâtre ni de monuments... elle a le charme d'une petite ville de province assoupie au confluent des rios Tapajos et Amazonias. La vie y est calme, les habitants d'une gentillesse extrême comme très souvent au Brésil. Une superbe soirée nous est offerte par la municipalité, le samedi soir avec la participation de la population.


Escale technique pour l'avitaillement, dernière grande surface avant la Guyane française, et le plein de fuel. Hubert nous quitte et entame un long périple retour vers Paris et la rédaction du Nouvel Obs... Salut le Boto et à bientôt !!

Le Dimanche 22 avril, les français votent... et nous entamons la descente avec une longue étape de 96 milles. Départ prévu à 5 heures du matin, au lever du soleil, mais des trombes d'eau nous  réveillent avec une visibilité insuffisante pour partir... le départ est reculé ... mais à six heures le convoi se met en ordre de marche. Au milieu du rio, dans la veine de courant principal, les bateaux descendent à 10 noeuds sur le fond alors que nous avançons à 6 noeuds sur l'eau... nous sommes sur un gigantesque tapis roulant !


Décidément la météo n'est pas avec nous car nous aurons une journée ininterrompue de pluie et de vent fort. Le réservoir d'eau du bord déborde. Le vent d'est souffle à 20-25 noeuds et lève un clapot très creux contre le courant de l'amazone. Les bateaux piquent du nez dans la plume.... le mal de mer fait même sa réapparition sur plusieurs bords ! A la tombée de la nuit nous mouillons à l'ouvert du furo Oteiro où nous avions déjà fait escale en montant.

Lundi 23 avril, le soleil est revenu et sur la VHF les résultats du premier tour sont commentés une bonne partie de la matinée... un vrai café du commerce ! Aujourd'hui Ramatoa progresse juste derrière l'Alvaro Furtado, le bateau pilote, car après une étape de 52 milles nous allons découvrir un furo sur l'île de Penema qui n'a encore jamais été pratiqué par la flottille du rallye. Ramatoa passera prudemment en tête avant que les bateaux à grand tirant d'eau ne s'engagent sur le seuil qui ferme ce magnifique petit furo dans la nature. Très belle soirée et lumière splendide.

Mardi 24 avril, temps gris et lourd pour une assez longue étape de 72 milles. Nous mouillons devant l'île Mojui où nous avions déjà relâché lors de la montée. Le trafic sur l'amazone était assez dense et nous avons croisé plusieurs cargos montant lège vers Santarem ou Manaus.

Mercredi 25 avril, belle étape sous le soleil de 62 milles qui nous conduit dans le furo de Jaguaribe. Nous mouillons devant une importante scierie appartenant au propriétaire de notre bateau pilote l'Alvaro Furtado. Visite guidée des installations... les conditions de travail sont difficiles et la sécurité des ouvriers est secondaire. Les ouvriers sont logés dans l'enceinte de la scierie, ne payent pas de loyer et ont l'électricité gratuitement. Nous sommes au 21° siècle mais c'est presque du Zola !!


Jeudi 26 avril, dernier jour de navigation pour rejoindre Afua, ultime ville étape du Rallye transamazone et du RIDS. 63 milles à parcourir sous la pluie et des grains. A notre arrivée dans le furo d'Afua, le soleil revient, de nombreuses pirogues nous accueillent et des bateaux de la ville nous attendent avec force musique et pétards.

Cinq jours d'escale nous attendent à Afua avec de nombreuses manifestations et festivités pour la clôture du rallye. En effet le 2 mai, les bateaux reprendront le large pour rejoindre soit la Guyane Française soit directement les antilles.... le voyage continue après la fin du rallye des îles du soleil.

Nous ne voulons pas terminer cette chronique de deux mois passés sur l'Amazone sans évoquer les nombreuses vacations de Nicolas sur la VHF. En effet il a agrémenté les longues navigations d'exposés passionnants sur l'amazonie, ses habitants, sa faune, sa flore et surtout sur les légendes et traditions très vivaces dans le bassin de l'Amazone. Il a vécu de nombreuses années en Amazonie et il a fait des légendes et traditions de l'île de Marajo le sujet de sa thèse de doctorat d'anthropologie. Vous pouvez lire ou feuilleter ce document passionnant en cliquant sur ce lien : Thèse de Nicolas Tiphagne.

Enfin ne manquez pas les très nombreuses photos ajoutées sur l'album de l'étape 07 Amazone. Merci à Joseph d'Opsis pour les belles photos de la soirée à Santarem.

Benoît & Dominique sur Ramatoa, rédigé et posté à Afua le 29 avril 2007.

 

par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
Samedi 21 avril 2007

Le territoire de l'amazonie s'étend sur 9 pays et couvre 6 millions de kilomètres carrés. Au Brésil, l'amazonie couvre 60% de la superficie du pays. La forêt amazonienne couvrait initialement 4 millions de kilomètres carrés. A ce jour on estime que près de 17% ont été déboisé et le rythme de la déforestation s'accélère malgré les efforts des protecteurs de l'environnement (on parle de 30% à court ou moyen terme). Sur la période 2002 – 2003 près de 23 750 Km² ont disparu, environ deux fois plus que la moyenne annuelle des années 1990. Les raisons actuelles de cette déforestation sauvage sont connues et des risques nouveaux apparaissent.

Historiquement l'exploitation du bois est naturellement la plus ancienne cause de déforestation, mais aujourd'hui ce n'est plus elle qui consomme le plus de surface. En effet seulement une trentaine d'essences sont exploitées commercialement, essentiellement vers l'Europe. Ces bois précieux sont repérés dans la forêt, abattus puis extraits vers une voie de communication fluviale ou routière, cette exploitation nécessite en moyenne de sacrifier une bonne trentaine d'arbres qui seront laissées sur place. L'exploitation forestière se fait en arrête de poisson le long des fleuves, des routes, des affluents et des pistes. L'exploitation du bois réalisée par les 3000 compagnies brésiliennes ou étrangères est assez bien surveillée et elles se donnent bonne conscience en reboisant une petite fraction des surfaces exploitées, mais ce qui ne l'est pas du tout c'est l'exploitation clandestine qui alimente une réelle économie parallèle (abattage, scierie, transport et commercialisation). On estime que 90% du bois exploité l'est illégalement, au Brésil même le bois commercialisé est d'origine clandestine à plus de 70% !

Le développement de l'élevage bovin extensif et des grands domaines  a été encouragé par le gouvernement brésilien en 1975 après l'échec du développement économique lié à l'ouverture de la route Transamazonienne. Des surfaces considérables ont été concédées pour une bouchée de pain, à des exploitants venus du sud du Brésil ou même du nord de l'Argentine, pour la création de pôles agro-pastoraux. Les surfaces nécessaires pour un élevage intensif de bovins sont nettoyées au bulldozer, brûlées et défoliées. La même politique a conduit à la création de pôles agro-miniers (gisement de fer, bauxite et manganèse). Comme souvent, ce sont des multinationales qui tirent tous les bénéfices de ces opérations, et les ouvriers, trimbalés de chantier en chantier, ainsi que les locaux chassés de leurs terres, qui payent les pots cassés.

Le Brésil, avec une récolte annuelle de 50 millions de tonnes, est depuis peu le premier producteur mondial de soja.  Le pays compte déjà 23 millions d'hectares de surfaces cultivées et dans la forêt amazonienne la superficie a augmenté de 13,5% entre 2001 et 2004. Elle continue de progresser au rythme de 1 million d'hectares par an. A Santarem, le géant américain Cargill a construit un port céréalier sans réaliser les études environnementales demandées et sans attendre toutes les autorisations ! 160 000 tonnes d'oléagineux sont exportés mensuellement, sous la bonne garde de vigiles armés, vers Liverpool en Grande Bretagne... et la déforestation s'accélère depuis la mise en service de ce terminal (procédure en cours pour obtenir la fermeture de ce terminal). L'Europe est le premier consommateur de soja, pour les farines animales en particulier. Outre la déforestation, la plaie de cette culture du soja est l'appauvrissement irrémédiable du sol  amazonnien. Le sol est naturellement pauvre et seul le substrat entretenu par la forêt est riche et fertile. Après déboisement et culture intensive du soja, la terre est lessivée, appauvrie, les surfaces lunaires stériles (latérisation des terres) sont abandonnées car impropres à toutes les cultures... de nouvelles surfaces sont défrichées ! Légalisée depuis peu la culture du soja transgénique utilise une quantité considérable d'herbicides. Le Brésil est devenu le troisième consommateur mondial d'herbicides et le soja en utilise 50%.
A ces trois causes identifiées à ce jour, un risque majeur pourrait accélérer la destruction de la forêt amazonienne dans les décennies à venir : le développement attendu et annoncé des biocarburants. Si les biocarburants remplacent à moyen terme tout ou partie du pétrole, il faudra des surfaces cultivées à cet effet considérables... et la tentation sera bien grande de poursuivre la désertification commencée avec le soja en Amazonie.

Le Brésil est un des pays les plus inégalitaires au monde avec 5% de la population qui cumule 90% des richesses du papys. La déforestation a de nombreuses  conséquences sociales et humaines. Tout d'abord les mouvements des populations locales qui sous la pression des grands domaines sont obligées de fuir les terres qu'elles occupaient et se massent à la périphérie des grandes villes d'Amazonie.
L'absence de cadastre fiable et la mafia des notaires qui falsifient les titres de propriété poussent des centaines de milliers de personnes à occuper illégalement des terrains publics. Les grandes compagnies forestières usent de ces même méthodes pour s'aliéner des terres.
Les ouvriers des exploitations forestières et des grands domaines, souvent venus du sud du pays, sont maintenus dans une situation de dépendance financière totale vis à vis des propriétaires.... cette forme d'esclavage moderne est combattue par les autorités sans beaucoup de succès.
Enfin les conditions de vie difficile dans beaucoup de petites villes et bourgades, l'isolement et l'éloignement des grands centres, le manque de travail pour tous créent des tensions insupportables dans la vie quotidienne. La violence est fréquente attisée par l'alcoolisme. Il y a eu des tentatives d'empoisonnement massif (distribution de couvertures contaminées à la grippe et à la tuberculose) des populations amerindiennes qui résistaient à pénétration de la forêt par les grandes compagnies.

Face à ces difficultés, le discours politique brésilien n'est pas claire et bien peu crédible car il promet tout et son contraire : la protection de la forêt mais aussi le développement des surfaces de soja... l'interdiction du soja trangénique mais il vient d'être légalisé par décret... et... la redistribution de terres aux sans terre se fait toujours attendre. Si rien n'est tenté au niveau national ou international, l'Amazonie va rester pour de nombreuses années encore une terre d'eldorado et de non droit.

par Benoît & Dominique publié dans : Les Etapes
 

La réalité...

Un voilier baptisé "Ramatoa"

Un skipper : Benoît et une skippette : Dominique !
Un voyage au long cours en Atlantique, par le Sénégal, le Brésil, l'Amazone, les Antilles et dans le Pacifique vers la Polynésie française.

Nous contacter...

© Ramatoa.com, tous droits réservés.

Cartes du périple

  • 2006-2007  : De La Rochelle à Trinidad en passant par l'amazone.
  • 2007-2008  : Découverte de l'arc antillais jusqu'aux îles vierges britanniques.

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