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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 17:39
Le Vénézuela est un vaste pays (916 445 km²) dans la partie nord-est du continent sud américain. Paysages variés : des montagnes andines à l'ouest jusqu'au vaste delta de l'Orénoque (3° fleuve d'Amérique du sud) à l'est - des « llanos », immenses plaines humides dédiées à l'élevage au pied de la cordillère des Andes et occupant le centre du pays à la région de « Gran Sabana » aux confins du Brésil et du Guyana qui offre des paysages de savane et de montagnes tabulaires spectaculaires : les fameux « Tepuys » en langage indien.

Frontalier avec la Colombie, le Brésil et le Guyanna, le Vénézuela est peuplé de 26,5 millions d'habitants environ (34% de la population a moins de 15ans et 60% des enfants naissent hors mariage !); la société (fortement métissée) a été influencée par les civilisations indiennes, la conquête espagnole et par une longue et dure lutte pour l'indépendance acquise en 1811 par « El Libertador » Simon Bolivar. Pays producteur d'or noir, de gaz et de bauxite, le Vénézuela potentiellement riche pourrait être un pays plus moderne et plus avancé si la débrouille, les trafics en tout genre et la corruption ne venaient pas alimenter une économie parallèle florissante aux dépens de l'économie régulière (pays producteur de pétrole - 3° producteur mondial - l'essence y est quasi gratuite mais elle est rationnée drastiquement pour limiter, sans succès, tous les trafics d'essence qui occupent, avec le change parallèle des devises, une partie non négligeable de la population). La religion catholique est majoritaire à 94%, le pourcentage d'indiens indigènes est tombé (Warao et Pémon) à seulement 2%. Le régime politique (démocratie présidentielle) de Chavez, très proche d'une dictature populiste à la cubaine, et les nationalisations massives ont fait fuir progressivement la quasi totalité des investisseurs étrangers du pays. Les américains « gringos » sont la bête noire du régime de Chavez.

Enfin le pays souffre dans les grandes villes et sur toutes les zones côtières d'une insécurité violente chronique et grandissante, elle est à l'image de la violence verbale inouïe des dirigeants politiques en général et de Chavez tout particulièrement. Cette violence touche naturellement les touristes mais aussi les vénézueliens eux-mêmes. Les plaisanciers ne sont pas épargnés, ce n'est pas de la piraterie mais des attaques crapuleuses pour vous soutirer des liquidités et des devises étrangères. Nous devons être très prudent : sur la côte nous ne fréquentons que la marina de Puerto la Cruz (gardiens et miradors) et, au large et dans les îles nous naviguons et mouillons en groupe ( avec OpSIS et Sandy II) en évitant les mouillages par trop isolés.

Après avoir fermé le bateau, nous laissons Ramatoa et OpSIS d'Isabelle et Joseph, en sécurité dans une des nombreuses marinas de Puerto la Cruz qui est le principal centre nautique du pays avec un plateau technique de qualité... mais qui manque de tout ! Bahia Redonda, notre marina est à l'entrée d'un immense complexe touristique et immobilier construit sur une vaste lagune à la manière de Port Grimaud : villas de luxe pieds dans l'eau et anneau pour la vedette ou le voilier. C'est un immense ghetto pour millionnaires dont les villas extraordinaires côtoient des zones urbaines avec des immeubles bien moins rutilants... la zone est un éternel chantier et la qualité des eaux de cette très grande lagune est bien médiocre. La propreté et la conscience écologique ne sont pas des préoccupations majeures de la population vénézuelienne; la pollution urbaine et industrielle, les eaux polluées des lacs de Maracaïbo et Valencia, la dégradation des sols (déforestation et zones minières) sont évidentes et à très grande échelle.

Lundi 10 novembre, après avoir récupéré nos passeports et les papiers du bateau pour une entrée internationale, nous prenons un taxi à 12H30 pour Ciudad Bolivar à 300 kilomètres plus au sud. Route longue et fatigante (circulation, nids de poules, sièges défoncés et amortisseurs hors d'age, conduite très éloignée de nos standards européens !...) mais nous arrivons entiers à l'aéroport où le tour operator n'attendait pas la venue de quatre clients ! Joseph parlemente, tempête, téléphone et finalement nous voilà loger pour une nuit dans un hôtel médiocre de la ville, l'aventure commence le lendemain par un transfert en Cessna vers Canaima.

Mardi 11 novembre matin de bonne heure et de bonne humeur nous sommes une bonne trentaine de passagers à attendre notre transfert vers Canaima dans des petits Cessna de six places, forts bruyants et pas tout jeunes. Le pilote local est un habitué de la ligne... et le copilote admire le paysage de forêts, puis de savanes et enfin de Tepuys qui se déroule doucement (120 noeuds : vitesse de croisière) 4500 pieds sous nos ailes. Le paysage est splendide et l'arrivée sur la lagune de Canaima et ses sept cascades est somptueuse.

Là encore, l'organisateur local ne nous attendait pas... flottement, incertitude, énervement... finalement le programme des deux jours est inversé et nous partons en quatrième vitesse pour l'excursion en pirogue et à pied vers le « Salto de Angel » avec nuit en hamac dans un campement en forêt au pied de la chute.

Vers 11 heures du matin les trois pirogues (nous sommes rattachés à deux groupes d'une trentaine de Polonais) démarrent lourdement chargées. Nous remontons vers le sud-est, au pied du massif tabulaire de l'Auyàn-Tepuy, sur le rio Carrao puis sur le rio Churun qui remonte dans ce massif culminant à 2165 mètres. Au début la navigation est rapide sur un fleuve large, les pirogues propulsées par des gros moteurs HB de 50 ou 75 cv, filent à toute vitesse en levant des gerbes d'eau sur les cotés. Les guides et motoristes, indiens Pémon, connaissent parfaitement le fleuve, ses rapides, ses roches et ses bancs de sable. A l'exception de la première zone de rapides où nous débarquons à terre, toutes les autres zones de rapides et de sauts seront négociées, à bord des pirogues, de mains de maîtres par les motoristes... ils savent parfaitement lire les eaux du fleuve et sont impressionnants de dextérité. En 70 km, nous grimpons de plus de 70 mètres, nous remontons un tapis roulant dont on distingue parfaitement la pente, c'est impressionnant. La remontée est lente, près de quatre heures, et les bancs de la pirogue sont dures mais l'aventure grisante, les paysages somptueux.

En abordant le rio Churun, le cours des eaux est enchâssé entre les flancs du Tepuy et c'est un véritable torrent de montagne que les piroguiers remontent. Le moteur hurle dans les rapides, les roches affleurent, il faut prendre de la vitesse et relever l'embase... cela passe au millimètre... quelle virtuosité ! Vers 16 heures nous arrivons au campement dans la forêt en bordure du rio et nous distinguons sur la montagne en face : le Salto de Angel. Repas et nuit au campement avant d'attaquer le lendemain matin la marche d'approche qui nous conduira à un mirador au pied de la chute la plus haute du monde. Nuit rapide dans les hamacs en compagnie des moustiques et des Polonais qui célèbrent fort bruyamment leur fête nationale. 5H00 : réveil et en route il fait déjà jour !

La pirogue nous fait traverser le rio Churun, un torrent de montagne de moins de 30 mètres de large, et nous attaquons vaillamment la montée vers le mirador (1,5 heures de marche sur un sentier escarpé plein de racines et de pierres, il fait déjà chaud, l'humidité importante et les moustiques très affairés). Après l'effort, la découverte d'un panorama splendide et sans un nuage au pied du Salto de Angel qui jette ses eaux du sommet de l'Auyàn-Tepuy dans le vide 979 mètres plus bas... c'est colossal à plus de 600 mètres le bruit est assourdissant et le brumisateur géant ! Nous avons une chance énorme : la chute est fort bien éclairée le matin et de plus il n'y pas de nuages, ce qui se révèle extrêmement rare (dixit notre guide Pémon). Séance photos de cet instant extraordinaire offert par la nature. A la redescente nous croisons d'autres groupes moins matinaux que nous... mais ils auront le Salto de Angel masqué par les nuages qui recouvrent tout doucement la tête du Tepuy. Salto de Angel est l'attraction touristique numéro un au Vénézuela, son nom n'a rien à voir avec le saut de l'ange, mais porte le nom de son « découvreur » le pilote Jimmy Angel (1899-1956).

Passage au campement pour un petit déjeuner bien mérité, récupérer les sacs et retour vers la lagune de Canaima. La descente en pirogue bien plus rapide (moins de trois heures) mais aussi bien plus humide car dans les rapides il est fréquent qu'une vague s'invite à bord. Installation à la posada de Canaima et l'après-midi est consacré à une excursion qui nous permet de découvrir quelques-unes des sept cascades qui alimentent la lagune de Canaima. En particulier le Salto de Sapo est d'abord franchi en passant derrière la chute contre la roche puis au retour par le seuil rocheux au sommet de la chute car à cette période le salto est alimenté en eau sous la roche et non pas par le déversoir.

Le jeudi 13 novembre nous quittons la lagune de Canaima pour rejoindre Santa Elena de Uarein, ville de 15-20 000 habitants à 15 kilomètres du Brésil. Ville frontalière hors taxe qui vit du commerce de l'or et des diamants des zones minières de Gran Sabana (100 km plus au nord) mais aussi des trafics avec le Brésil voisin (en particulier l'essence). Le voyage dure 1 heure et vingt minutes dans un Cessna, mais le pilote est cette fois ci plus attentif car le relief est plus montagneux et il faut monter haut pour passer au dessus de la couche de nuages. Nous rejoignons la posada et sommes pris en main par Claude, notre guide français (expatrié depuis près de 20 ans au Vénézuela), qui va nous accompagner en Gran Sabana pour les quatre derniers jours de notre périple et nous reconduire par la route à Ciudad Bolivar (près de 700 km).

Vendredi 14, avitaillement et chargement du 4x4 et nous partons vers le nord en visitant, au fil des kilomètres, plusieurs sites :

  • La Quebrara de Jaspe est une cascade qui coule sur un lit d'une pierre semi-précieuse : le jaspe, avec le soleil les couleurs sont extraordinaires.

  • Plusieurs cascades plus ou moins hautes ou plus ou moins larges : Arapan Meru, Kama Meru (55 m de haut) et Kaui Meru où nous sommes baignés et rafraichis.

  • Des points de vue permettant d'admirer la succession des Tepuy du Roraima au sud jusqu'au Tramen-Tepuy au nord, pour la plus part ils culminent à plus de 2000 mètres. Certains d'entre-eux sont encore inviolés des explorateurs.

Enfin nous reprenons la route puis une piste de nuit (70 km) pour rejoindre le village indigène de Kavanayen. Nous allons y passer deux nuits au campement du village. Au fil des kilomètres Claude nous expliquent les coutumes des indiens Pémon qui peuplent majoritairement cette région.

La mission franciscaine de Kavanayen, fondée en 1942, est connue pour ses constructions en pierres parfaitement appareillées et non pas en préfabriqué ou en bois comme dans le reste de la Gran Sabana. Les bâtiments du couvent n'abritent plus que quelques frères et sœurs venus d'Espagne et sont aujourd'hui une école d'agriculture. Le soir au gîte d'étape, Senior Luis l'ancien cacique du village nous conte des légendes indiennes des Tepuys et des montagnes environnantes. Nous prenons nos repas et petits déjeuners au modeste restaurant du village tenu par Señora Guadaloupe qui nous accueille merveilleusement bien.

Le lendemain, il nous faudra près d'une heure pour parcourir les huit kilomètres d'une difficile piste de pierres qui nous conduit à Montopai, un campement touristique sur le bord du rio Karuai dans le parc national de Canaima. Nous effectuons une excursion de deux heures qui nous permet de découvrir des plantes, des cultures et des habitudes de vie des indiens. Sur la piste au retour, nous croisons le chemin un crotale, superbe serpent à sonnette.

Dimanche 16 novembre, nous quittons Kavanayen pour rejoindre par une piste sablonneuse le petit port de Ibo Riwo. 30 minutes de pirogue plus tard nous attaquons une longue descente à pied pour aller admirer depuis le bas les 115 mètres de la chute de Chinak Meru. Encore 10 à 15 minutes d'effort et nous nous baignons dans une piscine au pied d'une cascade de 10 mètres nommée Pozzo del Amor. Retour vers Ibo Riwo où nous mangeons l'éternel poulet + riz ! Au moment de repartir en 4x4, des trombes d'eau s'abattent et transforment la piste inondée en un fleuve immense. Claude au volant de son Land Rover Discovery fait preuve d'une virtuosité remarquable... car nous sommes passés juste, mais nous sommes passés ! Une fois sur la route goudronnée, nous avalons sous la pluie et dans la forêt les kilomètres vers le nord et faisons halte pour la nuit, après Las Claritas un village de mineurs.

Lundi 17, dernier jour de notre périple en Gran Sabana, nous parcourons les quelques 400 kilomètres qui nous séparent encore de Ciudad Bolivar. A 13H00 nous mangeons notre poulet-riz à San Felix sur le bord de l'Orénoque, la ville est totalement noyée sous des orages diluviens, la circulation automobile est totalement désorganisée. L'après-midi, nous traversons Puerto Ordaz, grande ville moderne sur la rive nord du fleuve et regagnons une posada confortable à Ciudad Bolivar.

Mardi 18, nous mettons à profit la fin de matinée pour visiter le cœur historique de Ciudad Bolivar bâti sur la rive sud de l'Orénoque. Ancienne capitale, la ville conserve le charme de son passé colonial. Nous visitons la place Simon Bolivar, naturellement, la cathédrale, le Palais de la 1° constitution bolivarienne du Vénézuela. Enfin nous terminons notre courte visite sur le Paseo Orenico et son mirador sur le bord du fleuve. Nous rejoignons ensuite le terminal des autobus où nous prenons un taxi pour nous quatre, le véhicule est récent et bien plus confortable, le chauffeur est aussi plus jeune et il avale les 300 kilomètres qui nous séparent de Puerto la Cruz à une vitesse stupéfiante (rarement en dessous de 120-130 kmh). Nous sommes contents d'arriver entiers et de retrouver nos voiliers qui tirent doucement sur les amarres, il fait chaud et humide, cela nous change du climat plus tempéré de l'altitude des plateaux de la Gran Sabana (700 à 1300 mètres).


Cette belle aventure à terre se termine... retour à la vie quotidienne sur le voilier. Avitaillement, lessives, courrier, internet : deux à trois jours d'efforts... et nous voilà prêt à poursuivre notre croisière vers les îles Tortuga et Roques en compagnie de Sandy II et OpSIS.


Merci à Joseph pour ses très belles photos qui me permettent, en complément des miennes, d'agrémenter cet article et l'album du Vénézuela que vous ne manquerez pas de consulter.


Benoît & Dominique sur Ramatoa à Puerto la Cruz – mis en ligne le 21 novembre 2008.




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commentaires

labourier 27/11/2008 17:44

salut à vous deux,je vois que vous allez bien merçi pour les belles photos,et ces explications sur ces pays,ici il neige brrrr! nous allons bien en attendant de se revoir bisous et bon voyage

Cécile 21/11/2008 20:14

Que c'est beau !!!!
N'oubliez pas de me ramener les photos.

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