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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 23:37

 

Après notre semaine de vie de Robinson à Suwarow nous souhaitions rejoindre les Tonga en plongeant au sud-ouest en passant par Niue, un des plus petits états indépendants du monde et le plus gros bloc de corail du monde soulevé par les mouvements tectoniques, une curiosité avec de nombreuses grottes et caves sous-marines ou terrestres creusées par l'érosion. Mais la météo en a décidé autrement en nous proposant au menu : vent faible pour la 1° partie et vent contraire pour la fin du parcours. De plus l'absence de mouillage abrité par vents d'ouest rend incertain le séjour à Niue.... c'est dommage ! La solution de rechange c'est de rejoindre Apia aux Samoa occidentales à ne pas confondre avec les Samoa américaines qui dépendent des USA.

 

La distance à parcourir est la même, mais la météo nous annonce des vents faibles, voire très faibles mais pas de vents contraires. La traversée de 520 milles nautiques restera dans les annales comme un record de lenteur. Nous quittons Suwarow le samedi matin par grand beau temps et vent faible d'est. Les deux premières journées se passent entièrement à la voile avec des vents portants faibles de 7 à 9 nœuds, ce qui est bien peu pour animer Ramatoa. La houle est faible et le temps se maintient au beau fixe. Les moyennes sont de 100 et 104 milles nautiques pour les deux premières journées de la traversée. La suite est encore moins brillante car le vent tombe régulièrement en dessous de 5 nœuds, la brise Volvo-Penta rentre en action pour les dernières 36 heures de la traversée.

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A plusieurs reprises nous avons porté difficilement le spi asymétrique et avons du réparer la poulie de tête de la chaussette du spi puis une déchirure.... bref du bricolage et des travaux de voilerie pour occuper le skipper et la skippette. Pour le reste c'est programme lecture, scrabble et une petite vie sur l'eau bien tranquille rythmée par les quarts, la fabrication du pain et des yaourts.

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Le mercredi en début d'après-midi nous arrivons au port d'Apia et y découvrons une mini marina avec tout le confort souhaité, c'est le retour à la civilisation. Nos amis de « TagoMago », croisé à Suwarow, nous y précède de près de 36 heures. Le lendemain matin, c'est le concurrent Néo Calédonien Yves Eccarlat de la dernière Route du Rhum qui range son Pogo 40 « Vale Nouvelle Caledonie » au ponton voisin.

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Il nous faudra attendre le lendemain matin pour que le défilé des officiels (santé, douanes, immigration et autorités portuaires) commence. Tous très aimables mais pas pressés du tout. Les officiels masculins revêtent la jupe du costume traditionnel. L'apothéose sera l'inspection du bateau par le chien renifleur d'une brigade canine des douanes : résultat des tonnes de poils noirs sur tous les coussins et les draps, c'est une chance qu'il n'ait pas fait ses besoins dans la cabine ! Trois lessives avec la machine à laver du bord et Ramatoa retrouve son aspect propre. Enfin le jeudi après-midi nous pouvons sortir de l'enceinte de la marina et découvrir Apia la capitale des Samoa.

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Les Samoa, anciennement connues sous le nom de Samoa occidentales, sont composées de deux îles principales : Upolu et Savai'i, et de huit îlots. Savai'i est la plus grande, mais Upolu est la plus développée économiquement, abrite le gouvernement, les administrations, le port de commerce d'Apia et de nombreux négoces. Ces îles hautes sont couvertes d'une épaisse végétation et de forêt tropicale. Peuplées de près de 180 000 personnes, Apia la capitale en abrite près de 38 000. Le peuplement de cet archipel est très ancien, évalué à 1000 ans avant JC en provenance d'Asie du sud-est et ensuite les Samoans colonisèrent l'archipel des Tonga. Cette région hautement sismique est régulièrement frappée par des tremblements de terre et des tsunamis. Le dernier en date de septembre 2009, laisse une cicatrice bien visible et a fait de nombreux morts. De plus de décembre à avril, les cyclones balayent régulièrement cette zone du pacifique sud. Les Samoa entretiennent d'étroites relations économiques avec la Nouvelle Zélande et l'Australie, les deux grandes puissances régionales qui subviennent aux besoins des petits états de la région. Avec des attraits touristiques assez limités, les Samoa développent le tourisme avec comme points forts : une vie paisible, et une population très accueillante. En arrivant de Polynésie française, le coût de la vie est bon marché, les Samoa paraissent pauvres mais elles sont pourtant bien riches en comparaison des Tonga.

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L'aventurier écossais Robert Louis Stevenson, auteur de « L'île au trésor » appréciait la douceur de vivre du Samoan way of life. Il s'était installé avec sa famille sur l'île d'Upolu au début des années 1890. Il reste de son passage un musée dans la superbe demeure coloniale qu'il occupait au milieu d'une plantation à Vailima.

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Notre séjour dans la marina d'Apia, où les places vides sont majoritaires, a été animé par un tournoi international de pêche au gros, nous avons admiré de belles prises. Nous avons pu compléter notre réserve de gasoil largement entamée. 300 litres de carburant à bidonner.... cela occupe le skipper et le fait transpirer, car l'atmosphère est lourde et humide et l'absence de vent totale. Mais la gentillesse des Samoans est remarquable. Un chauffeur de taxi m'a conduit, une matinée entière dans les quincailleries et boutiques d'Apia, pour y trouver en vain une nouvelle défense boule pour Ramatoa, de nous deux il était le plus déçu de n'avoir pu me donner satisfaction. Coté restaurants, la nourriture est riche, de nombreux plats viande ou poisson sont pannés. Nous avons tout de même mangé d'excellentes langoustes au restaurant du yacht club, servies sur une terrasse face à la mer par un personnel exquis !

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La fête des mères aux Samoa tombe le dimanche 9 mai, donc en toute logique le lundi est férié et le vendredi on débraye en avance... le week-end a été long, pluvieux et la ville totalement déserte. Mardi 11 mai nous effectuons assez rapidement les formalités de départ, un dernier tour au supermarché et au marché local. Le soir à la tombée de la nuit nous quittons Apia pour rejoindre Niuatoputapu au sud-ouest à 186 milles nautiques.

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La météo nous annonce des vents de travers modérés puis faibles sur la fin de parcours. En réalité le contournement de l'île d'Upolu et la passage du détroit s'est fait au moteur dans des brises évanescentes, une atmosphère électrique et nuageuse et un trafic maritime auquel nous n'étions plus habitués depuis longtemps (tanker, voilier et flottilles de pêcheurs non éclairés naturellement). A la sortie du détroit le vent de sud-est est au rendez vous, la houle de 2,5 m aussi. A la fin de la 2° nuit le vent nous abandonne et nous terminons les 12 derniers milles au moteur. Traversée à la voile assez rapide mais pas très confortable. D'autant plus rapide qu'en cours de route nous avons perdu le jeudi 12 Mai.... en effet les Tonga sont situés à l'est du méridien 180° [173° 45 E], mais la ligne internationale de changement de date fait un crochet pour inclure les Tonga à l'ouest. Nous sommes restés à la même heure locale mais la date avance d'un jour en passant d'UTC-11 à UTC+13. Notre décalage horaire n'est plus de -13 heures avec la France mais de +11 heures. Désormais nous allons remonter lentement le temps pour vous rejoindre !

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La passe d'accès, au petit lagon qui ne couvre que le flanc nord de Niuatupatopu, est très étroite mais elle couverte par un excellent alignement à terre... heureusement car les autres balises latérales sont toutes plus ou moins détruites ou pliées, mais une d'entre-elles à moitié immergée continue à s'allumer la nuit tombée ! Arrivée à 8h30 devant le petit quai du village, nous mouillons dans 10 m d'une eau verte et bien moins claire qu'à Suwarow ou en Polynésie française. Par contre des tortues sont présentes et nous ne voyons pas de requins tourner autour de Ramatoa. Annexe mise à l'eau et première baignade avant d'accueillir les officiels. Contrairement à Apia, tout se passe très vite et dans la bonne humeur. Deux pickups Toyota arrivent sur le wharf, j'embarque les trois officiels sur l'annexe pour rejoindre le bateau. Les nombreux papiers de la quarantaine, de la santé, de l'immigration et des douanes se remplissent tranquillement autour de la table du cockpit avec un verre de jus d'orange à la main. L'accueil est chaleureux, nous sommes invités dès l'après-midi à assister à une rencontre de rugby entre les écoles du groupe d'îles, c'est à dire Niuatoputapu et Tafahi : un petit cône volcanique parfaitement régulier à 4 milles de distance.

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Le dépaysement est grand, à notre arrivée à marée basse devant le village à une encâblure du bateau, des femmes décatissent du raphia dans l'eau de mer, des chevaux, des porcs sont en liberté entre les maisons du village et au bord de l'eau. L'île a été dévastée par le tsunami de 2009 et a payé un lourd tribu humain. Le rivage est abimé avec beaucoup de bois morts et inondés, l'habitat traditionnel sinistré a laissé la place à des bungalows préfabriqués de la Croix Rouge posés sur des parpaings. Quelques bâtiments publics seulement et toutes les églises ont été reconstruits dans les trois villages de Niuatoputapu qui abrite 800 âmes environ. Ici pas de 4x4 rutilants comme à Raiatea, mais de vieilles guimbardes et un parc automobile très réduit, le cheval est très présent pour le transport des hommes et des charges. Le cochon noir est partout dans les villages, la culture vivrière est le taro. Une liaison aérienne hebdomadaire avec le Vavau group et un caboteur touche le wharf de Niuatoputapu tous les un ou deux mois. Pas de réseau électrique ni d'Internet mais le téléphone portable fonctionne. Contrairement à ce que nous avions vu partout en Polynésie française, il n'y a pas de réseau d'alerte Tsunami avec des sirènes automatiques.

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Ici comme aux Samoa, les religions – pas moins d'une douzaine- sont omniprésentes, si dans le village il y a des édifices en bon état, ce sont bien les églises et les chapelles des différents cultes qui se côtoient harmonieusement. A leur invitation nous sommes allés à la messe et avons beaucoup apprécié les chants superbes de la chorale forte d'une vingtaine de personnes. Contrairement à la Polynésie, pas de belles tenues et de belles coiffures blanches mais tout un chacun revêt les beaux habits du dimanche avec la ceinture traditionnelle pour les femmes et la jupe pour les hommes. L'assistance est à majorité féminine et les enfants sont nombreux : les petites filles habillées en rose Barbie. Le jour du Seigneur, il est interdit de travailler ou d'avoir des activités, même sur le voilier au mouillage. Quelle chance... je sors mon hamac au plus vite.

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Nous vous parlerons plus longuement du royaume des Tonga dans notre prochain article qui traitera de notre séjour au Vavau group distant de 170 milles plus au sud.

 

Ne manquez pas de jeter un œil aux photos des nouveaux albums consacrés aux "Samoa" et à "Niuatoputapu".

 

Benoît & Dominique sur Ramatoa à Niuatoputapu le 15 Mai 2011.

Mis en ligne le 19 mai 2011 à Neiafu.

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